On frappe à la porte. Ils restent un moment sans bouger, puis ELLE se lève et ouvre prudemment. LE COMMERÇANT s’annonce.
LE COMMERÇANT : Vous ne me connaissez pas...
ELLE : Que désirez-vous ?
LE COMMERÇANT : Je tiens un commerce... là-bas, à l’autre bout...
LUI : Lequel ?
LE COMMERÇANT : L’armurerie.
LUI : Je n’ai jamais vu d’armurerie.
LE COMMERÇANT : Là-bas. Vous ne l’aurez pas remarquée, c’est une petite boutique.
ELLE : Que pouvons-nous faire pour vous ?
LE COMMERÇANT : Je suis venu vous mettre en garde.
LUI : Parlez ! Qu’y a-t-il?
LE COMMERÇANT : Aujourd’hui, j’ai entendu dire qu’il était revenu. J’avais presque oublié que...
LUI : Qu’aviez-vous oublié ? Pour l’amour du ciel, parlez !
LE COMMERÇANT : Il est venu hier à la boutique...
LUI : Et ?
LE COMMERÇANT : Je lui ai vendu un pistolet.
LUI : Il vous a acheté un pistolet ?
LE COMMERÇANT : Un petit calibre. Voilà, je préférais vous prévenir.
ELLE : Merci.
LE COMMERÇANT : Il avait un permis de port d’armes en règle.
ELLE : Très bien, très bien, au revoir.
LE COMMERÇANT : Ne vous inquiétez pas trop... Ce calibre-là n’est pas des plus précis. Ça, c’est pour vous.
Il lui tend un petit paquet.
LUI : Qu’est-ce que c’est ?
LE COMMERÇANT : Un pistolet.
ELLE : Reprenez-le !
LUI : Non, attends... je pourrais en avoir besoin.
LE COMMERÇANT : C’est plus raisonnable.
LUI à sa femme : Apporte-moi l’argent.
ELLE sort l’argent d’un ramequin sur l’étagère, le tend au commerçant.
LE COMMERÇANT : Et... bonne chance !
Il sort. LUI examine le pistolet quelques secondes, le passe d’une main à l’autre, puis ouvre le chargeur.
LUI : Appelle-le... vite !
ELLE : Qui ?
LUI : L’armurier...
ELLE jette un coup d’œil par la fenêtre.
ELLE : Je ne le vois pas... Il est parti.
LUI : Putain, fait chier...
ELLE : Que se passe t-il encore ?
LUI : Une balle... il n’y a qu’une seule balle. Il m’en faut d’autres !
ELLE : Pourquoi ?
LUI : C’est la fin !
ELLE : Il faut nettoyer la maison...
LUI : Cette tension est insupportable.
ELLE : Et balayer la neige sur le toit...
LUI : J’ai la tête qui va exploser.
ELLE : Tu entends ces crissements ? Toute cette neige...
LUI : Que veux-tu que ça me fasse ?
ELLE : Le feu est presque éteint.
LUI : Où m’enfuir ?
ELLE : D’ici une heure nous dormirons.
LUI : Il me tuera pendant mon sommeil !
ELLE : Je suis fatiguée, je dois dormir.
LUI : Nous sommes si misérables....
ELLE : J’attendrai que maman nous lise ce qu’elle a écrit.
LUI : Pourquoi le directeur ne revient-il pas ? Il m’avait promis de m’apporter une perruque, un masque...
Il regarde par la fenêtre.
LUI : Le clair de lune... regarde ! La neige est si lumineuse... On voit tout, il est impossible de sortir maintenant sans être vu... Où est-il ? Où se cache t-il ? Qu’attend-il pour venir me tuer ? Pourquoi ne vient-il pas ? Il hurle. Où es-tu ? Viens, qu’on en finisse ! Je t’attends ! Tu entends ? Je t’attends ! Tue-moi, qu’on en finisse !
La mère entre, dans ses mains des papiers griffonnés. LUI sursaute de peur.
LA MÈRE : La fin.
LUI : Pardon ?
LA MÈRE : Il me manque encore la fin. J’ai presque terminé.
ELLE : Maman, tu t’épuises à écrire autant.
LA MÈRE : Je vous le lis maintenant ?
ELLE : Oui, s’il te plaît !
LUI : Je me rappelle maintenant... Voici comment nous procéderons. À sa femme. Toi, tu vas chez le professeur. Tu t’y installeras provisoirement. Là-bas, tu seras en sécurité. Quant à moi, j’irai... j’irai... le plus loin possible.
ELLE : Formidable...
LUI : Tu partiras au levée du jour. Nous n’avons pas de temps à perdre.
LA MÈRE : Il y a toujours du temps à perdre.
ELLE : T’es-tu déjà demandé pourquoi on ne t’aimait pas ?
LA MÈRE : Je lis ?
LUI : Qui ne m’aime pas ?
ELLE : Personne ne t’aime.
LUI : Tu ne comprends pas que nous sommes en danger de mort ?
ELLE : Arrête de te comporter en hystérique ! Tu me fais honte.
LUI : Il me tuera !
ELLE : Tu te souviens comme tu pleurais lorsqu’il t’a tiré dessus ?
LA MÈRE : Je lirai...
ELLE : Tu as essayé de te cacher derrière moi...
LUI : Arrête !
ELLE : Il ne voulait pas me toucher.
LA MÈRE : Il me manque le titre...
ELLE : C’est toi qu’il visait.
LUI : Arrête !
ELLE : Tu n’es qu’un lâche !
LA MÈRE : D’après une histoire vraie...
LUI : Tais-toi !
ELLE : Tu fais semblant d’avoir oublié toute ta vie...
LUI : Je t’ai dit de te taire !
ELLE : Mais c’est faux ! Tu t’en souviens parfaitement. Il voulait seulement se venger. Il en avait le droit. Tu as détruit sa vie. Tué son père...
LA MÈRE : Scène un...
LUI à la mère : Ferme-la !
ELLE : Mais qu’il te tue! Tu mériterais qu’il te tue !
LUI : Je t’en prie...
ELLE : Rappelle toi... Rappelle toi ce que tu lui as fait... et pas qu’à lui d’ailleurs, aux autres aussi. Car il y en a eu d’autres, n’est-ce pas ? Des tas d’autres.
LUI : Ne fais pas ça.
ELLE : J’en ai assez de me cacher ! Assez !
LA MÈRE : Finalement, je vais y aller. Je vous le lirai demain matin.
La mère sort.
LUI : Je ne sais pas, je ne me souviens pas, c’est tellement....
ELLE : Ne mens pas ! Tu te souviens de tout.
LUI : Je ne peux pas...
ELLE : Souviens-toi !
LUI : Non...
ELLE : Dis-le, dis ton véritable nom !
LUI : Je ne peux pas...
ELLE : Quel est ton nom ?
LUI : Je ne veux pas.
ELLE : Dis-le, dis ton nom ! Tu ne l’as pas oublié !
LUI : Je t’en supplie...
ELLE : Regarde à quoi tu ressembles... Ce n’est plus toi.
LUI : Si, c’est moi.
ELLE : Ces moustaches... ces cheveux... ce n’est pas toi.
LUI : Si, c’est moi.
ELLE : Tout est faux.
LUI : Non ! C’est bien moi !
ELLE : Un masque.
LUI : Non !
ELLE : À quoi ressemblais-tu autrefois ? Rappelle-toi !
LUI : C’est bien moi !
ELLE : Cesse de mentir ! Cette photo... au zoo...
LUI : Il n’y a pas de photo...
ELLE sort une photo de sa poitrine.
ELLE : Si, c’est toi ça. Regarde... Voilà...
Il saisit la photo, la regarde, effaré.
LUI : Ce n’est pas vrai.
ELLE : Toi... au zoo... souriant...
LUI : Ce n’est pas moi !
ELLE : C’est toi.
Il déchire avec rage la photographie, la jette au feu.
LUI : Ce n’est pas moi !
Un temps.
ELLE : Tout est détruit.
LUI : Rien n’est détruit.
ELLE : C’est terminé.
LUI : Non, ne dis pas ça.
ELLE : Je suis lasse.
LUI : Si parfois on se dispute, ça ne veut pas dire que nous sommes malheureux.
ELLE : Même moi je ne sais plus ce que je dis.
LUI : Ne me torture plus... Ne dis rien.
ELLE : Maintenant je vais sortir dehors et crier. Je lui crierai de te tuer... et que je l’aime. Je m’enfuirai avec lui jusqu’au bout du monde.
LUI : C’est d’une banalité affligeante.
ELLE : Il est temps que tu meures.
LUI avance jusqu’à la fenêtre. Il observe. En OFF on entend de nouveau la machine à écrire.
LUI : Regarde... là-bas... il me semble... Il est là. C’est lui.
ELLE : Et le vent mugit. Entends-tu le vent ? Dehors le vent mugit, tandis que chez nous, on tape à la machine.
LUI : Il n’y a pas de vent. Rien ne bouge. Dehors, l’homme qui a juré de me tuer attend, tandis que chez nous on tape à la machine. Il crie. Arrête ! Ferme-la, vieille sorcière ! Tu vas me rendre dingue avec ta machine à écrire ! Arrête !
[...]
Kucanje na vratima. Za trenutak se ne pomjeraju, potom ONA ustane i otvori vrata, pažljivo. Pojavljuje se TRGOVAC.
TRGOVAC : Vi mene ne znate...
ONA : Å ta trebate?
TRGOVAC : Ja držim trgovinu....tamo, na drugom kraju...
ON : Gdje?
TRGOVAC : Trgovina oružjem.
ON : Nisam vidio nikakvu trgovinu oružjem.
TRGOVAC : Tamo...ako se malo bolje zagledate...mala trgovina...
ONA : I Å¡ta želite od nas?
TRGOVAC : Došao sam da vas upozorim.
ON : Govorite...šta je bilo?
TRGOVAC : Danas sam Ä uo da se vratio...i umalo zaboravio...
ON : Å ta ste zaboravili? Za Boga miloga, govorite!
TRGOVAC : Dolazio je juÄ e u moju trgovinu...
ON : I?
TRGOVAC : Prodao sam mu pištolj.
ON : Kupio je pištolj?
TRGOVAC : Mali kalibar.... Eto, samo sam to htio...Mislio sam da je bolje da vam kažem...
ON : Hvala.
TRGOVAC : Imao je urednu dozvolu za oružje.
ONA : Dobro, dobro, doviđenja.
TRGOVAC : Ali, ne brinite previÅ¡e...ta vrsta nije odveć precizna. Ovo je za vas.
Pruži mu paketić.
ON : Å ta je to?
TRGOVAC : Pištolj...
ONA : Nosite to.
ON : Ne, Ä ekaj...uzeću.
TRGOVAC : Pametno.
ON (ženi) : Daj mu novac.
ONA izvlaÄ i pare iz nekog lonÄ ića na stalaži i pruža ga trgovcu.
TRGOVAC : I...sretno.
Izađe. ON par sekundi razgleda piÅ¡tolj, prebacuje ga iz ruke u ruku, a potom otvori spremiÅ¡te piÅ¡tolja.
ON : Zovi ga...brzo!
ONA : Koga?
ON : Trgovca...ovog...
ONA proviri kroz prozor.
ONA : Ne vidim ga...otišao je.
ON : Jebem ti...
ONA : Å ta je sad?
ON : Metak...ima samo jedan metak. Treba mi još!
ONA : Zašto?
ON : Ovo je kraj!
ONA : Treba poÄ istiti kuću...
ON : Ova napetost je nepodnošljiva.
ONA : I oÄ istiti snijeg sa krova...
ON : Glava mi puca.
ONA : Čuješ li kako škripi? Sav taj snijeg...
ON : Å ta da radim?
ONA : Vatra se skoro ugasila.
ON : Gdje da bježim?
ONA : Za sat vremena ćemo na spavanje.
ON : Ubiće me na spavanju!
ONA : Ja sam umorna, moram spavati.
ON : Tako smo jadni....
ONA : SaÄ ekaću da nam mama proÄ ita Å¡ta je napisala.
ON : ZaÅ¡to direktor ne dolazi? Obećao mi je donijeti periku, masku...
Gleda kroz prozor.
ON : MjeseÄ ina...pogledaj...snijeg tako blista...Sve se vidi, ne moguće je sada izaći, a da me on ne primijeti... Gdje je?...Gdje se sakrio? Å ta Ä eka? ZaÅ¡to me viÅ¡e ne ubije?!...ViÄ e...Gdje si? Dođi! Ubij me! ÄŒekam te!...ÄŒujeÅ¡ li? ÄŒekam te! Ubij me!
Ulazi Majka, u ruci joj ispisani papiri. ON se trgne od straha.
MAJKA : Kraj.
ON : Å ta?
MAJKA : Još mi fali samo kraj. Skoro sam završila.
ONA : Mama, ne smiješ toliko pisati.
MAJKA : Da vam proÄ itam sad?
ONA : Da, molim te.
ON : Sjetio sam se...znam Å¡ta ćemo. (Ženi) Ti ideÅ¡ kod Profesora, privremeno ćeÅ¡ biti kod njega. Tamo je sigurnije. Ja ću...ja ću...dalje...
ONA : Divan plan.
ON : Čim svane, ideš. Nemamo vremena za gubljenje.
MAJKA : Uvijek se ima vremena za gubljenje.
ONA : Jesi se ikad upitao zašto te ne vole?
MAJKA : Da Ä itam?
ON : Ko me ne voli?
ONA : Niko te ne voli.
ON : Shvataš li ti da smo u smrtnoj opasnosti?
ONA : Prestani da histerišeš! Sramota me zbog tebe.
ON : On će me ubiti!
ONA : SjećaÅ¡ se kako si plakao kad je pucao na tebe?
MAJKA : Ja ću Ä itati...
ONA : Pokušao si se sakriti iza mene...
ON : Prestani!
ONA : Nije me htio pogoditi.
MAJKA :Nemam naslov...
ONA : Gađao je tebe.
ON : Prestani!
ONA : Ti si kukavica!
MAJKA : Po istinitoj je priÄ i...
ON : Å uti!
ONA : GlumiÅ¡ da si zaboravio cijeli svoj život...
ON : Rekao sam da šutiš!
ONA : Ali, nisi! Sve ti pamtiÅ¡. On se samo htio osvetiti. Imao je pravo. Upropastio si mu život. Ubio oca...
MAJKA : Scena prva...
ON (majci) : Umukni!
ONA : I neka te ubije! ZaslužujeÅ¡ da te ubije!
ON : Molim te...
ONA : Sjeti se...sjeti se Å¡ta si mu uÄ inio...ne samo njemu...i drugima. Bilo ih je joÅ¡, zar ne? Puno drugih.
ON : Nemoj.
ONA : Dosta mi je skrivanja! Dosta!
MAJKA : Ja idem...Ä itaću vam ujutro.
Majka izađe.
ON : Ne znam, ja se ne sjećam, tako je....
ONA : Ne laži! Svega se sjećaÅ¡.
ON : Ne mogu...
ONA : SjećaÅ¡ se!
ON : Ne...
ONA : Reci, kako ti je pravo ime!
ON : Ne mogu...
ONA : Kako?
ON : Neću.
ONA : Reci, reci svoje pravo ime! Nisi ga zaboravio!
ON : Molim te...
ONA : I tvoj izgled...to nisi ti.
ON : Ja sam.
ONA : Ti brkovi...ta kosa...nisu tvoji.
ON : Ovo sam ja.
ONA : Sve je to lažno.
ON : Nije! Ovo sam ja!
ONA : Maska.
ON : Nije!
ONA : Kako si izgledao prije? Sjeti se!
ON : Ovo sam ja!
ONA : Prestani sa laganjem! Ona fotografija...u zoološkom vrtu...
ON : Nema fotografije...
ONA izvadi sliku iz njedara.
ONA : Da, to si ti. Gledaj... Evo...
ON zgrabi fotku, gleda je gotovo u strahu.
ON : Nije istina.
ONA : Ti...u zoološkom vrtu...nasmijan...
ON : To nisam ja!
ONA : Ti.
On bijesno cijepa fotografiju i baca je u vatru.
ON : Nisam!
Pauza.
ONA : Sve se raspalo.
ON : Ništa se nije raspalo.
ONA : Gotovo je.
ON : Ne, ne govori tako.
ONA : Umorna sam.
ON : Ako se ponekad i svađamo to ne znaÄ i da smo nesretni.
ONA : ViÅ¡e ni sama ne znam Å¡ta priÄ am.
ON : Ne muÄ i me viÅ¡e... Ne govori niÅ¡ta.
ONA : Sad ću izaći vani i vikati. Vikaću mu da te ubije..i da ga volim. Pobjeći ću s njim na kraj svijeta.
ON : To je tako...banalno.
ONA : Vrijeme je da umreš.
ON dolazi do prozora. Posmatra. Iz off-a se opet zaÄ uje kucanje pisaće maÅ¡ine.
ON : Pogledaj...tamo...Ä ini mi se...stoji. On je.
ONA : A vjetar zavija, ÄŒujeÅ¡ li? Vani vjetar zavija, a kod nas kucka pisaća maÅ¡ina. Tako je uspavljujuće.
ON : Nema vjetra. NiÅ¡ta se ne pomjera. Vani je Ä ovjek koji se zarekao da će me ubiti, a kod nas kucka pisaća maÅ¡ina. ViÄ e Prestani! Umukni stara vjeÅ¡tice! Izludiću od tvog pisanja! Umukni!
[...]
Almir ImÅ¡irević est né en 1971 en Bosnie-Herzégovine.
Auteur dramatique, scénariste, nouvelliste, auteur de critiques et d’essais sur le théâtre, il enseigne actuellement au conservatoire de Sarajevo.
Ses textes ont reçu de nombreuses distinctions, dont le prix de la critique du MESS, et ont été présentés en Bosnie, en Slovénie, en Pologne, en Suisse, au festival Act’in de Luxembourg, au festival d’Avignon et à Paris lors de "Balkanisation générale".
Source : Maison d’Europe et d’Orient
Le texte est entièrement illustré par Jacques Mallon, artiste-peintre, qui vit actuellement à Paris. Les croquis présentés ici ont été réalisés au cours de ses nombreux voyages. Vous trouverez également peintures, dessins et aquarelles sur son site