Poèmes

NOUVEAU PÉRIMÈTRE

il enfonce

le premier

pieu

d’une aire

probable

le cachet qui manque

l’en empêche

il enfonce

un deuxième

pieu

et brise

la bureaucratie

du visage

tranquillement


il enfonce

le troisième

pieu

et arrache les barbelés

de l’horizon

antérieur

« les entailles dans les fruits se soignent »

quand il enfonce

le quatrième

pieu

la faim

a disparu

et il reste seulement

le cadeau

du va et vient


DERNIÈRE ABSENCE

Il n’y a pas de voix derrière ces lettres dont la lecture émeut silencieusement la voix.

Il semble parfois que chaque ligne écrite implore pour fuir à travers un regard étranger.

Et entre les lignes s’entête une voix oubliée qui essaie de s’imposer à toute mémoire.

C’est alors que le temps se projette et se prolonge avec un rythme asphyxiant qui oblige.

Et les hommes se recroquevillent soudain assiégés sans comprendre pourquoi personne ne s’écoute.


IL A EFFACÉ TON PROFIL

il a démantelé ton profil

— soigneusement

effaçant la ressemblance entre tes yeux verts

et mes yeux noirs

« moi j’aime celle de la station balnéaire

je t’y aperçois »

« tu y

retournerais ? »

« j’adorerais »

(nous faisons partie

des yeux

verts et des

yeux noirs)

soigneusement —

recomposer la plage,

l’image de la plage, le désir

que les yeux de couleur puissent te voir

toujours sous cette plénitude

(comme un tableau dans une plaine

emplie de portes

s’ouvrant sur ta porte


ÉCOULEMENT


L’effondrement s’impose tout au long de la fibre d’une impulsion aveugle.

C’est le but que l’air fixe au poumon déchiré.

C’est la brume qui tombe du soleil vers les rivières où plongent les poings.

Et il n’y a pas de pause dans l’humidité tissée en laquelle le corps se cache et se limite.

Les mains agitent le vent en silence et construisent des navires d’épouvante.

Et la nuit passe en murmures qui entravent le coup total des vagues.

Les hommes alors invoquent les naufragés d’une autre présence.

Leurs bouches profèrent des paroles qui enracinent du sens.

Leurs bouches sont d’énormes navires qui transportent le lugubre amour d’une origine.

Une question renaît du fond oublié du sommeil.

Une promesse attentive et lointaine nourrit la valeur de quelques pas fermés.

Et une terre perdue dans la poitrine conserve la fureur soulevée de la poussière.

Je reviens à la maison et je vois que le trajet est maintenant une forme d’épargne.

SUR LA GENÈSE

vider

de sa matière

le paradis :

déporter

tout bien,

jusqu’à la trace

qui du « seigneur »

pourrait rester,

apporter tout

à la Terre

qui ici reste

vider

le paradis,

jusqu’au saccage :

la file

de paysans

exténués

d’extirper

tout ce qui pourrait exister,

en contrôlant

s’estompent

les traces

de l’entrée

« qu’en blanc

reste muet

ce qui a été vidé

que son champ

soit importé

et que nous le sentions »

merveilleentasséedanslamisère

dividende

rêvée

de la copie


L’OPÉRATION

De l’entaille de lettres soutenues un temps ressurgit le sang d’un visage vide.

Mais le visage du temps n’a nul besoin de la blessure qu’inflige l’amour de ce qui est juste.

Il y a des visages laissés de côté qui sont eux-mêmes l’entaille du temps.

Et ainsi les mots qui opèrent ne suturent qu’à peine la blessure visible aux yeux.

De l’entaille de lettres soutenues un temps ressurgit le sang d’un visage vide.

Traduit par Pauline Hachette

NUEVO PERÍMETRO

clava

la primera

estaca

de un área

probable

el sello que falta

lo impide

clava

la segunda

estaca

y rompe

la burocracia

del rostro

tranquilamente


clava

la tercera

estaca

y desalambra

el horizonte

anterior

“los tajos en la fruta se remedian”

cuando clava

la cuarta

estaca

ha desaparecido

el hambre

y queda sólo

el regalo

del vaivén


ÚLTIMA AUSENCIA

No hay una voz detrás de estas letras que al ser leídas conmueven en silencio a la voz.

A veces parece que cada línea escrita implorara escapar a través de una mirada ajena.

Y entre líneas reincide una voz olvidada que intenta anteponerse ante cualquier memoria.

Es entonces que el tiempo se proyecta y prolonga con un ritmo asfixiante que obliga.

Y los hombres se encogen de pronto asediados sin entender porqué nadie se escucha.


BORRÓ TU PERFIL

desmanteló tu perfil

– esmeradamente

borrando la semejanza de tus ojos verdes

con mis ojos negros

“a mí me gusta la del balneario,

te distingo”

“irái a ir

de nuevo?”

“me encantaría”

(somos parte

de los ojos

negros y de los

ojos verdes)

esmeradamente –

recomponer la playa,

la imagen de la playa, el deseo

de que los ojos de colores puedan verte

bajo esa plenitud

como un cuadro en una planicie

repleta de puertas

abriéndose a tu puerta


DERRAME


Se impone el derrumbe a lo largo de la fibra de un impulso ciego.

Es la meta que el aire le fija al pulmón destrozado.

Es la bruma que cae del sol a los ríos donde se hunden los puños.

Y no hay pausa en la humedad tejida en que el cuerpo se oculta y limita.

Las manos agitan el viento en silencio y construyen navíos de espanto.

Y la noche transcurre en murmullos que obstruyen el golpe total de las olas.

Los hombres entonces invocan a náufragos de otra presencia.

Sus bocas profieren palabras que arraigan sentido.

Sus bocas son enormes navíos que transportan el lúgubre amor de un origen.

Una pregunta renace en el fondo olvidado del sueño.

Una promesa atenta y remota alimenta el valor de unos pasos cerrados.

Y una tierra perdida en el pecho conserva el furor sublevado del polvo.

Vuelvo a casa y veo que el trayecto es ahora una forma de ahorro.

DE GÉNESIS

vaciar

de su materia

al paraíso:

deportar

todo bien,

hasta la huella

que del “señor”

quedar pudiera,

traer todo

a la Tierra

que aquí queda

vaciar

el paraíso,

hasta el saqueo:

la hilera

de peones

extenuados

de extirpar

cuanto existiere,

controlando

se borren

las huellas

del ingreso

“que en blanco

quede mudo

lo vaciado

que su campo

se importe

y lo sintamos”

maravillahacinadaenlamiseria,

dividendo

soñado

de la copia


LA OPERACIÓN

Del tajo de letras sostenidas un tiempo rebrota la sangre de un rostro vacío.

Pero el rostro del tiempo no necesita la herida que inflige el amor de lo justo.

Hay rostros dejados al lado que son ellos mismos el tajo del tiempo.

Así las palabras que operan apenas suturan la herida visible a los ojos.

Del tajo de letras sostenidas un tiempo rebrota la sangre de un rostro vacío.

Par Christian Anwandter

Christian Anwandter est né à Santiago de Chile en 1981.

Il participe aux comités de rédaction de la revue Nigredo, publiée en France, et de la revue en ligne de poésie VA, publiée à Santiago.

Il a publié des poèmes dans des revues au Mexique, au Brésil et au Chili.

En 2008, il publie le recueil de poèmes Para un cuerpo perdido ( Pour un corps perdu ) aux Ediciones Tácitas.

A l’heure actuelle, il prépare un nouveau recueil de poèmes, intitulé Colores descomunales ( Couleurs démesurées ).

Pauline Hachette vit à Paris où elle est professeur agrégé de Lettres. Elle prépare une thèse sur la poétique de la colère chez Céline et Michaux à l’Université de Saint-Denis.

Les illustrations de l’atelier Hispanophonie sont de Jerónimo López Ramírez, dit “Dr. Lakra”, Mexico, 1972. Il vit et travaille entre Mexico et la ville d’Oaxaca, au Mexique.

Performance en ligne, septembre 2008

Il est représenté par la Galerie Mexicaine Kurimanzutto